Les différentes manières d'écrire une histoire

Publié le par David Bry

Ces derniers temps, j’ai beaucoup discuté avec d’autres auteurs sur la manière d’écrire une histoire. J’ai trouvé ça vraiment intéressant … et je partage donc avec vous !


36 millions d’écrivains
J’ai pu constater chez les auteurs à qui j’avais pu en parler que deux manières de travailler prédominent. Il y a ceux qui ont besoin d’avoir un synopsis pour avancer, et ceux qui écrivent « en aveugle », sans savoir par avance où l’intrigue les mènera.

 

Avant de se lancer dans la rédaction, les premiers imaginent déjà toute l’histoire qu’ils veulent raconter, du début jusqu’à la fin. Une fois que le squelette est constitué, il ne reste alors plus qu’à l’habiller. C’est ici que démarre le travail d’écriture. En caricaturant un peu, on aurait alors chez ce genre d’auteurs deux étapes : celle de l’imagination, puis celle de la narration en tant que telle. Evidemment, cette seconde phase fait également appel à l’imaginaire (on y invente des personnages secondaires, décrit les lieux, ajoute parfois des éléments de l’histoire) mais dans un cadre (monde et trame du récit) déjà prédéfini.

 

D’une manière tout à fait opposée, ceux qui écrivent en aveugle ne savent pas par avance où ils vont, ni forcément qui sont leurs personnages ou quelles sont leurs motivations. Ils démarrent sur une idée, une scène, un protagoniste, et laissent ensuite complètement aller leur imagination. L’histoire se construit alors au fur et à mesure des pages, noircies les unes après les autres.

 

Et moi, et moi, et moi
En ce qui me concerne, je me situe clairement dans la première catégorie. Quand j’écris, j’ai besoin de savoir où je vais, ce que vont vivre mes personnages, pour mieux les y amener. C’est aussi et surtout le seul moyen que j’ai trouvé pour avoir une histoire cohérente, ce que je trouve essentiel (une histoire qui ne va nulle part m’ennuie très vite, aussi bien écrite soit-elle – mais ceci très subjectif). Une fois la trame définie, je peux alors écrire autour, développer l’imaginaire, les protagonistes, l’intrigue, et arriver à quelque chose qui forme un ensemble qui se tient.

Démonstration par l’exemple
Pour illustrer ma façon de travailler, je vais prendre l’exemple de Failles, le roman sur lequel je suis en ce moment. Tout a commencé par un personnage et un thème de base, que j’ai voulu développer. J’ai passé presque un mois et demi à imaginer l’histoire qui allait avec, en écrivant juste quelques idées, modifiant ou supprimant parfois certaines d’entre elles lorsque je réfléchissais à la cohésion de tout cela. A la fin de cette première étape, j’avais un synopsis très précis de trente-deux chapitres, chacun avec son titre et son résumé. Mon histoire se tenait, et me plaisait. J’ai alors commencé le travail d’écriture en tant que tel, à partir de cette matière.

Faire le premier jet du roman m’a ensuite pris un peu moins de deux mois. J’ai suivi en grande partie le synopsis que j’avais prévu, en modifiant cependant quelques points çà et là (il s’agissait principalement de déplacements dans le récit de quelques évènements mineurs et majeurs), afin d’aller crescendo dans l’intrigue et de rendre certains passages plus cohérents. J’ai également enlevé un chapitre qui, je m’en suis rendu compte à l’écriture, ne servait finalement pas l’histoire.

Enfin, après avoir terminé ce premier jet, je suis passé à la dernière phase (toujours en cours), et pas la moindre : celle des multiples relectures et des corrections. C’est à ce moment que toutes les idées un peu floues doivent être travaillées, l’environnement correctement décrit, où le récit s’affine, et là où se situe, dans ma manière de faire au moins, tout le travail d’immersion du lecteur. Il faut qu’en lisant, il puisse imaginer, visualiser, comprendre l’histoire. J’utilise souvent la métaphore du sculpteur qui, à partir d’un bloc de pierre, va aller toujours plus dans la précision jusqu’à arriver à ce qu’il souhaite. Ecrire, pour moi, c’est la même chose. Je m’invente l’histoire et la travaille ensuite, de plus en plus finement, jusqu’à arriver au résultat escompté.

En conclusion
Evidemment, entre ces deux extrêmes, j’imagine qu’il y a plein d’autres auteurs qui travaillent différemment. Mais j’ai trouvé ces premières approches intéressantes, de part leur opposition.

La seule question que je me pose maintenant concerne l’impact au niveau du lecteur. La façon d’arriver au roman a-t-elle une incidence sur le résultat ? Est-ce que cela forme des types de roman reconnaissables ? Et est-ce qu’une manière d’écrire structurée génère forcément un roman structuré ?
Au final, je ne crois pas. Et c’est sans doute là où se trouvent une partie du mystère et du talent de nombreux auteurs.


Lecteurs ou auteurs, n’hésitez pas à apporter votre avis, votre expérience et votre vision :)

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thomas 29/03/2010 07:17


J'ai acheté ton premier livre (avec la superbe dédicace en plus ^^ (: )samedi au salon du livre de Paris.
Je dois dire que je n'ai lu que le premier chapitre, mais que l'histoire me semble originale et me plais déjà...
Personnellement j'écris beaucoup, surtout le WE, et j'essaye malgré les cours au lycée, d'écrire entre 5 et dix pages par semaine.
Je n'appartiendrai à aucune de tes catégories, en effet mon synopsis est dans ma tête, ainsi l'intrigue n'est pas bouclée et je peut rajouter d'autres évènements si cela me chante. Par contre je
sais où je veux arriver, et je vois à peu près ce qui va emmener mes personnages jusqu'au bout...
Je n'ai pas été très clair je sais mais bon...
Bonne continuation!


David Bry 29/03/2010 21:55



salut Thomas !
si, si, tu as été très clair, et tu es en donc mon mon premier exemplaire d'auteur entre les deux mondes :D. De mon côté, j'avoue que j'aurais peur d'oublier des éléments, et que
j'ai besoin de l'écrit pour structurer mon histoire et m'assurer de sa cohérence en relisant les différentes étapes. Mais chacun sa façon de faire !! Merci en tout cas, et je suis heureux que le
début d'Ervalon te plaise :)
David



Rodag 27/03/2010 12:37


"Au final, je ne crois pas. Et c’est sans doute là où se trouvent une partie du mystère et du talent de nombreux auteurs."
Je suis d'accord avec vous, M'ssieur Bry, on est pas des machines, donc je pense que, quelque soit le degré de structuration, de préparation, il doit toujours y avoir quelque chose qui passe en
plus !
En tout cas, encore une fois merci, c'est sympa de nous faire partager ta méthode d'écriture (surtout pour un petit jeune comme moi qui essaye d'écrire - qui gribouille, en fait, pour l'instant
!)

"La seule question que je me pose maintenant concerne l’impact au niveau du lecteur. La façon d’arriver au roman a-t-elle une incidence sur le résultat ? Est-ce que cela forme des types de roman
reconnaissables ? Et est-ce qu’une manière d’écrire structurée génère forcément un roman structuré ?"

Pour répondre à ça, je pense que je vais essayer de me procurer ton livre (ton blog m'a donné bien envie de voir ce que c'était), et je te dirai après !


David Bry 28/03/2010 23:04



Salut ! Heureux si le blog a pu te donner envie de lire le bouquin ;). N'hésite pas à dire ici ce que tu en as pensé.



Pour le reste, j'essaie de partager ce que j'apprends de mon côté. Je n'ai pas beaucoup plus d'expérience que toi (ce sont mes premiers livres édités, même si j'ai beaucoup écrit avant), et ai
l'impression d'apprendre toujours plus chaque jour ou presque. Alors si ça peut servir à d'autres ... c'est super :)